Richard

Le Laos, un pays où le temps semble s’être un peu arrêté.

Merci, Richard, d’avoir insisté…

Marcher dans ses villages, traverser ses campagnes, c’est comme entrer dans un film des années 1950: tuk-tuks qui tanguent doucement, marchés hauts en couleurs, rythme lent et sourires sincères. Ce charme d’antan séduit, mais derrière cette douceur, la vie n’est pas toujours simple.

Richard a eu 62 ans!

En 2025, la croissance ralentit, l’inflation demeure élevée, et le Laos dépend fortement de la Chine pour ses routes et ses barrages. Parfois, on a l’impression que le pays qu’on aime perd un peu de son identité, comme un vieux livre entre des mains trop pressées et peu délicates.

Pourtant, c’est la force des Laotiens qui impressionne le plus. Malgré les défis, ils gardent une sérénité profonde, presque méditative, comme un moine qui trouve la paix au cœur d’un temple bondé de touristes. Oui, les routes de terre rouge sont semées de trous et de creux, et sans exagération ici, chaque cahot résonne dans votre colonne vertébrale, pour rappeler que la vie est faite d’obstacles et que tout passe comme les nuages. Mais au-delà de tout cela, ces sourires restent discrets et vrais, ces regards bienveillants nous invitent à ralentir, à écouter et à partager.

Kayak à Vang Vieng

Et puis, surprise moderne: même dans les villages les plus reculés, les Laotiens ont adopté la technologie. Smartphones, réseau 3G, 4G et parfois même 5G s’immiscent là où on ne les attendait pas. On pourrait presque imaginer un tuk-tuk piloté par GPS dans un décor de rizières, ou un vieux sage faisant défiler son écran entre deux moments de méditation. La modernité détonne avec le charme traditionnel, mais elle accompagne aussi les espoirs d’un pays qui avance.

Au final, ce qui fait battre le cœur du Laos, c’est cette merveilleuse proximité avec la terre, l’eau des rivières, le feu des marchés nocturnes. Ce lien humble avec les racines, les éléments naturels et les traditions, c’est ce qui donne au Laos son âme.

Une jeune Taku photographie Richard

Et même si le pays traverse des bouleversements, il conserve cet esprit vivant, chaleureux et profondément humain au cœur d’une nature très généreuse, mais pour combien de temps encore?

Anne

Eh bien, le Laos, pour moi, c’était bien plus qu’une simple destination sur notre itinéraire. C’est ici que j’ai eu une petite crise existentielle – rien de trop dramatique, juste une interrogation sur le sens de tout ça. Ma première impression du Laos, c’est comme entrer dans une véritable jungle. Toutes ces plantes qu’on peine à garder vivantes dans nos salons deviennent ici des arbres géants. Je suis certaine que si je plantais un noyau de mangue sur un bout de terrain en pleine ville, un arbre à fruits ne tarderait pas à pousser. L’air est humide, tout est luxuriant : la vie s’épanouit partout.

Temple Wat Sisaket

Au fil du chemin, on s’est laissé surprendre par des paysages de plus en plus spectaculaires. Vientiane, la capitale, n’a été pour nous qu’un point de départ, mais le musée du textile et le temple Wat Sisaket ont enrichi la visite. Ensuite, à Vang Vieng, on se retrouve plongés dans la nature variée et impressionnante du pays. Le Laos a une tranquillité rare, qu’on ne trouve pas chez sa voisine, la Malaisie, bien plus développée et peuplée. La beauté des paysages vue depuis une montgolfière nous a coupé le souffle.

Luang Prabang, c’est la ville qui nous ressemblait le plus. On pouvait marcher sans fin, longer le fleuve, explorer la jungle et découvrir d’autres temples. C’est là que nous avons visité les éléphants ! Et le retour de notre visite guidée, sur le Mékong au coucher du soleil, restera un de ces souvenirs de couple que j’espère garder longtemps en mémoire. À Pakse, nous avons finalement séjourné dans un hôtel presque luxueux, proposé à bon prix parce qu’il n’était pas encore très fréquenté. Le rooftop bar au centre-ville nous offrait une échappée vers le ciel et le calme, loin du trafic.

Elephant Cave

Depuis Pakse, nous sommes partis en excursion sur le plateau des Bolovens avec Robin, de Tad Lo Tours. Nous étions cinq : trois Bretons vraiment sympathiques et nous deux. Ce circuit mêlait voiture, tracteur et marche, avec la découverte de villages qu’on n’aurait jamais vus sans guide. Robin nous expliquait les coutumes des Katus et on se retrouvait face à des réalités bien différentes de celles qu’on connaît chez nous.

Par exemple, certains villages comptent plusieurs maisons inoccupées, simplement parce que l’esprit des personnes décédées y resterait. Lorsqu’une personne décède, toute la famille doit déménager de cette maison. Les cercueils sont déposés (pas enterrés) dans la jungle environnante. Si quelqu’un meurt sur la route, il ne peut pas être enterré avec ses proches, car il n’était pas sous la protection du village lors de sa mort. Quant aux nouveau-nés, ils ne quittent pas la maison avant le sacrifice annuel du buffle à la maison des esprits, au centre du village. Ce rite protège les bébés, et c’est le chaman qui supervise la santé spirituelle des habitants et anime les rituels. Découvrir tout cela était vraiment fascinant.

Offrandes pour mon père, ma soeur et Alexis

La randonnée dans les rizières était magnifique : une mer de vert et d’or qui méritait bien quelques photos. Nos compagnons de voyage étaient attachants. Le couple, comme nous, explorait plusieurs pays et nous avons pu échanger sur nos expériences. Leur amie, venue en vacances avec eux pour le Laos seulement, m’a impressionnée par son sens de l’aventure et de l’humour. Cela m’a fait du bien d’échanger et de rire. Robin, grâce à ses explications et ses traductions, nous a rapprochés du peuple laotien. En plus, grâce à lui, je sais maintenant comment entrer dans un temple en étant certaine de ne pas faire de faux pas.

Un peu plus sur Robin. Ayant immigré moi-même (vers un pays beaucoup plus semblable au mien par contre), je ressends beaucoup de respect sur comment Robin a entrepris sa vie au Laos.  Il s’est installé avec sa compagne et leur fils dans un village et il a appris la langue et créé des liens.  Son entreprise comprend une collaboration avec les Laotiens, et il amène du tourisme dans des endroits qui sont plus isolés, ont beaucoup à offrir, et auquel on peut, en tant que visiteur, contribuer.  Donc merci Robin, pour ce qui semble être un modèle d’entreprise avec une éthique admirable et bienveillante.

C’est dans les 4 000 îles que j’ai commencé à ressentir un malaise. Je ne savais pas s’il s’agissait d’un début de rhume ou juste de la fatigue, mais c’était plus profond qu’une simple lassitude physique. Nous logions dans une petite maison au bord du Mékong à Don Khon, avec des couchers de soleil splendides chaque soir. Je crois qu’on a croisé que trois véhicules grandeur nature sur l’île, puisque c’est presque entièrement des motos ou tuktuks que l’on voit, et pour cela, le vélo était le moyen idéal pour se déplacer en toute sécurité et tranquillité. L’île était paisible, endormie tôt, vers dix heures du soir ; même Don Det, l’île voisine, réputée plus animée, restait plutôt calme. C’est cette atmosphère de sérénité qui m’intriguait, car je n’arrivais pas à trouver mon propre calme intérieur.

J’ai discuté en appel vidéo avec Mary-Ellen et Helen, deux amies de longue date. Parler de ce que je ressentais m’a aidée à comprendre mon état d’âme. Je me sentais presque coupable de me plaindre, car tout semblait réuni pour être heureuse : on échappait à l’hiver, on découvrait des endroits magnifiques, les gens étaient gentils, et nous étions en bonne santé et heureux en couple. Que demander de plus ! Mais en observant la vie ici — les enfants parfois vêtus de haillons, jouant dans une eau qui ne paraît pas très propre, quittant l’école tôt pour travailler, les animaux amaigris ou blessés — je me demandais pourquoi tout cela me bouleversait autant, alors que je n’avais pas à le vivre, mais uniquement à l’observer. Avais-je vraiment le droit de me sentir mal à l’aise ?

Le soleil se couche sur les rizières de riz au 4,000 îles

Helen, qui est très sage, m’a apporté une belle image : « Le voyage, c’est comme un muscle à entraîner. Il faut le travailler, mais parfois il mérite du repos. On sait, grâce aux reportages ou documentaires, que beaucoup de gens vivent sans le confort qui nous est familier, mais y être confronté jour après jour, c’est un vrai choc, ça demande de l’adaptation. »

C’est vrai qu’on reste constamment sur ses gardes quand on voyage : ne rien oublier, vérifier qu’on est sur le bon chemin, repérer les insectes, serpents ou scorpions, dire merci et bonjour (dans le bon ordre et la bonne langue!), se faire comprendre, comprendre ce que l’on visite — le monument, le temple, les coutumes, la nourriture (viande ? végétarien ?), gérer ses sacs, son linge sale, ne rien oublier, ne rien oublier… Le muscle est en constante sollicitation finalement…

Après cette conversation, je me suis sentie soulagée : mes amies m’ont permis d’assumer mes émotions, même si j’ai connu plus de privilèges que la plupart des gens. Elles m’ont accueillie sans jugement et aidée à comprendre que je peux absorber autant de beauté et parfois difficile réalité, et que c’est finalement essentiel car c’est un geste de solidarité.

Alors ici, à Pakse, pour nos derniers jours au Laos, on s’est offert une pause. On prend le temps de digérer tout ce qu’on a vu, et de se préparer à de nouvelles aventures. Le Laos est définitivement un pays à visiter. Son peuple et ses paysages ne s’oublient pas facilement. Je leur souhaite un développement économique sain et inclusif.

Coucher du soleil, Mékong, 4,000 îles
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