
Ça faisait plus de 25 ans que mes bottines n’avaient pas foulé l’Ouest canadien, et tabarouette que ça fait du bien d’y revenir! L’immensité des paysages te gifle directement entre les deux oreilles : ruisseaux qui jasent, montagnes qui se pavanent, lacs qui n’en finissent plus… Une claque à l’égo, mais une caresse au cœur. T’as beau essayer de jouer au stoïque, ça sort tout seul : des « wow », des « ouf » et des « ben voit donc » à chaque tournant. Au point d’exaspérer ta copilote… mais pas grave, elle aussi lâche ses « oh my God » bien sentis, c’est contagieux ces affaires-là.

Pis les gens, parlons-en ! Même dans le gros rush touristique, ils trouvent toujours deux minutes pour placoter, raconter un bout de leur vie pis te farcir ça d’un sourire. Mention spéciale à Michel et Marie Ellen (les amis d’Anne), qui nous ont reçus comme si on était de la parenté perdue depuis trois générations. Vélo, kayak, rando ou simplement détente à la plage de Nelson… vous êtes en or. Merci – parce que ça, ça s’achète pas à la SAQ.

Mais la vraie vedette-surprise du voyage reste… les Grizzlies. Sérieux, y’a pas moyen de respirer tranquille ou de tenter une petite méditation à la Josée Lavigueur sans tomber sur une pancarte rouge fluo : « Attention, ours ». C’est pire que la météo dramatique de TVA Nouvelles. Pis les locaux, ben relax : « Bah, y’a pas de danger ! » Minute, mon champion : si c’est si safe que ça, pourquoi la province est tapissée de pancartes à l’effigie de Winnetou à grosses griffes ? Vendez-nous donc un spray anti-ours en spécial à l’épicerie ou une corne de brume 2 pour 1 ! On a parfois l’impression d’être déposé dans un buffet à ciel ouvert… mais du côté invitée surprise au menu.
Heureusement, quand tu sors des parcs, y’a les vignobles pour calmer tes nerfs (après deux verres, même un grizzly te semble sympathique). Bon, ok, faut quand même composer avec les feux de forêt qui redessinent l’horizon à leur manière. Dame Nature ici, c’est comme un ado du secondaire : imprévisible pis dramatique.

Côté hébergement, prépare-toi psychologiquement : les prix sont fous comme un original sur le Red Bull. Mais bonne nouvelle, manger au resto reste relativement raisonnable… surtout si t’as déjà quelques coupes de vin dans le nez. Bref, l’Ouest, c’est beau, mais c’est cher : ton portefeuille fond plus vite qu’un cornet de crème glacée sur la plage de Kelowna.
Malgré tout ça, je suis heureux d’avoir repris rendez-vous avec ce coin de pays. Avant de penser aux plages du Sud, venez voir nos montagnes, nos lacs pis nos forêts (avec ou sans grizzlies). On oublie trop souvent les perles qu’on a chez nous.

Sur ce, je vous donne rendez-vous à Singapour pour la suite du road trip. En attendant, portez-vous bien, pis comme on dit chez nous : lâchez pas la patate !
Tourlou,
Richard
Retrouvailles: Anne

Notre voyage dans l’Ouest aurait dû me permettre de visiter ma ville natale, Edmonton, pendant que Richard donnait ses dernières conférences. La grève chez Air Canada et le retard de mon vol pour aller le rejoindre m’ont finalement offert une opportunité différente: passer quelques jours supplémentaires à Montréal, chez mon amie Slim et son chien Chief. On a profité de balades en voiture et, durant l’une d’elles, nous sommes passées voir Anaïs, qui nous a accueillies chez Glucoz, sa superbe pâtisserie sur la Rive-Sud. Anaïs avait été mon élève en secondaire deux, mais nous sommes devenues proches au fil des années à FACE et par la suite. J’ai une immense admiration pour cette jeune femme que j’ai vu mûrir et qui a toujours eu une rigueur et un sens du « drive » innés. Sa réussite est franchement bien méritée.

Quelques jours plus tard, je me retrouve enfin sur la route avec Richard, et oui, je suis d’accord avec lui: je n’ai jamais autant dit « Wow » et « Holy Cow » pendant un road trip ! Les adjectifs me manquaient… Le parc des Glaciers m’a littéralement époustouflée. Ouah. Et comme Richard l’a si bien souligné, « c’est le paradis des amoureux de la nature et des pick-ups ici » des gros pick-ups, des petits pickups, des pimpés, – et étant donné les immenses distances sur des routes qui annoncent glace et avalanche à chaque tournant, j’en voudrais un moi aussi, un pick up, si je devais conduire en hiver ici.
Que cette nature régale les yeux, avec ses lacs de glaciers, ses pics de montagne, ses forêts sans fin, oui c’est wow, wow, et encore wow (pas de mots) J’avais cette la mélodie du « Railroad Trilogy » de Gordon Lightfood sur repeat dans ma tête.

Mary-Ellen, c’est une amie exceptionnelle — tout le monde devrait avoir quelqu’un comme elle dans sa vie. Notre amitié a débuté au Cégep et, en plus d’avoir vécu ensemble à Montréal et aux Îles Canaries, on s’est suivi de loin comme de proche tout au long de nos chemins de vie respectifs. Richard l’a parfaitement décrite : « une soie ». Je confirme! C’est une soeur pour moi. Merci du fond du cœur à Michel et Mary-Ellen pour l’accueil si généreux. Sans vous, on n’aurait jamais découvert d’aussi beaux endroits. Votre attention constante à notre bien-être nous a véritablement touchés. Je repars avec des souvenirs précieux : balades en kayak sur les lacs et les rivières, moments complices entre filles, jeux et cocktails sur la terrasse avec vue sur le coucher de soleil, et la boule… Bref, une visite merveilleuse.

J’ai aussi eu la chance de retrouver Michael, un ami d’adolescence. Il m’a fait redécouvrir les endroits où nous avions traîné quand j’étais allée le voir à 18 ans. Un moment marquant : sur le bord d’une falaise, en bas, flottaient des billots de bois dans l’océan. Il me les a montré du doigt, me rappelant qu’on était descendus de la falaise pour aller sauter de billot en billot ! Aucun souvenir… mais selon lui, oui, j’étais plutôt casse-cou à cet âge-là. « Ouais, » qu’il dit, « mon chum Gord et moi, on avait aussi construit une plateforme très haute dans un arbre, et tu avais grimpé plusieurs mètres pour aller voir ça. » Un instant touchant : il s’est arrêté devant un immense arbre mature près de chez lui, précisant que, dans le temps, on s’était assis au pied de cet arbre-là, tout juste planté à l’époque. Reconnecter avec des amis de nos autres vies, c’est retrouver une aisance comme si on ne s’était jamais quittés. Lorsque nous dinions au restaurant, j’écoutais Michael parler et j’ai eu un sentiment réconfortant en voyant dans le visage plus vieux de cet ami, le jeune adolescent pour qui j’avais beaucoup d’affection. Il est toujours aussi drôle et aussi loquace qu’il l’était à 16 ans.


Autre belle rencontre : Harvey, mon dentiste d’enfance. Ce monsieur m’a suivi depuis mes cinq ans, a soigné toute ma famille… et même mes enfants et plusieurs amis ! Cet homme-là semble éternellement jeune ; j’ai l’impression que l’enseignement universitaire et le bénévolat le gardent en forme. Je suppose que c’est une leçon : il m’a dit que Montréal était la ville à laquelle il était plus attaché, mais ses enfants et petits-enfants sont établis dans l’ouest et donc il pense bien y rester. Lorsqu’il nous disait au revoir, il m’a vraiment émue : « Vous aurez toujours une place ici, si jamais vous repassez. » À la dernière minute, Il a ajouté : « N’hésitez pas à me contacter, peu importe la raison — même pour de l’argent, si jamais le besoin se présente. » Quel cœur en or, ce monsieur. J’ai depuis reçu un message WhatsApp de sa part, demandant de nos nouvelles. Finalement, c’est l’homme qui m’aura donné le plus de bijoux (oui, en plastique, mais quand même), puisque j’avais le droit de piger dans la boîte aux trésors à chaque fin de visite dans sa clinique.


Mes yeux se sont régalés de tes paysages, Ouest canadien, et mon cœur s’est rempli lors du temps passé avec nos amis.

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